Le lutz est le saut piqué le plus difficile du patinage artistique et celui qui rapporte le plus de points après l’Axel. Sa particularité, la contre-rotation, en fait un saut fascinant à regarder… et redoutable à apprendre. Voici comment il fonctionne, pourquoi il est si exigeant et comment le travailler.
D’où vient le lutz ?
Le saut porte le nom de l’Autrichien Alois Lutz, à qui l’on attribue sa première exécution au début du XXe siècle. Longtemps réservé aux meilleurs patineurs, il est aujourd’hui présent en triple dans presque tous les programmes de haut niveau, et même en quadruple chez certains patineurs.
Comment fonctionne le lutz ?
Le lutz fait partie des sauts piqués. Pour un patineur qui tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre :
- Glisse d’appel : en arrière, sur la carre extérieure du pied gauche ;
- Piqué : la pointe du pied droit se plante derrière, dans la glace ;
- Rotation : dans le sens inverse de la courbe d’appel ;
- Réception : en arrière, sur la carre extérieure du pied droit.
La contre-rotation, la clé du lutz
Sur la plupart des sauts, la courbe tracée avant l’impulsion va dans le même sens que la rotation : la carre « prépare » le tour. Sur le lutz, c’est l’inverse. Le patineur glisse sur une courbe qui tourne dans un sens, puis saute et tourne dans l’autre. Il doit donc créer toute la rotation au moment de l’impulsion, sans l’aide de la carre. C’est ce qui rend le lutz si difficile et si valorisé.
Lutz, flip : la question de la carre
Le lutz et le flip partent du même pied et utilisent la même pointe. Seule la carre change : extérieure pour le lutz, intérieure pour le flip. Or, avec la contre-rotation, la tentation est grande de basculer sur la carre intérieure juste avant de piquer. Le saut devient alors un flip déguisé, surnommé « flutz ». En compétition, les juges vérifient la carre au ralenti et appliquent une mention « mauvaise carre » qui réduit la valeur du saut.
Comment réaliser un lutz simple ?
1. L’entrée en diagonale
L’entrée classique est une longue glisse en arrière, souvent en diagonale depuis un coin de la patinoire. Le patineur glisse sur la carre extérieure gauche, genou fléchi, jambe droite tendue vers l’arrière, bras gauche devant, bras droit derrière.
2. Tenir la carre extérieure
C’est le moment critique. Il faut garder le poids légèrement à l’extérieur et les épaules contrôlées, sans les laisser tourner vers l’intérieur de la courbe.
3. Le piqué et l’impulsion
La pointe droite se plante derrière. Le patineur passe par-dessus son point d’appui, inverse la rotation grâce aux bras et aux épaules, ramène le pied gauche et décolle en position serrée.
4. La réception
Réception sur le pied droit en arrière extérieur, genou souple, jambe libre tendue derrière, bras ouverts pour freiner la rotation.
Les erreurs les plus fréquentes
| Erreur | Conséquence | Correction |
|---|---|---|
| Basculer sur la carre intérieure | Le saut devient un « flutz » | Garder le poids vers l’extérieur, épaules ouvertes vers l’arrière |
| Entrée trop courte | Pas le temps de stabiliser la carre | Allonger la glisse d’appel |
| Pré-tourner les épaules | Perte de la contre-rotation et de l’axe | Retarder la rotation jusqu’au piqué |
| Piqué trop timide | Saut sans hauteur, sous-rotation | Piquer franchement, jambe tendue |
| Regarder la glace | Déséquilibre à la réception | Garder le regard à hauteur d’horizon |
Où se situe le lutz dans la progression ?
Dans l’ordre d’apprentissage habituel, le lutz arrive après le boucle piqué, le salchow, le boucle et le flip. Il est ensuite le dernier saut avant l’Axel, voire en parallèle de celui-ci. Dans le barème de l’ISU, à nombre de tours égal, c’est le saut le mieux noté après l’Axel.
Exercices pour progresser
- Les glisses arrière extérieures longues, sur le pied gauche, en tenant la carre plusieurs secondes ;
- Les demi-lutz, avec un demi-tour et une réception en avant, pour sentir la contre-rotation ;
- Le travail vidéo : filmer son lutz au ralenti permet de vérifier la carre au moment du piqué ;
- La combinaison lutz – boucle piqué, une fois le saut stable, l’une des plus utilisées en compétition.
Le lutz demande de la patience, mais sa maîtrise est une vraie étape dans la vie d’un patineur. Retrouvez tous les sauts sur notre page Les sauts.
